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Johan Larnouhet – Là où je peux être somnambule sans erreur

du 18 mai au 13 juillet 2018 – vernissage le 18 mai à 18h30
Une proposition de Mickaël Roy

Johan Larnouhet compose et peint des espaces — espaces construits et espaces architecturés, espaces bien souvent plus ouverts que totalement clos, espaces paradoxalement occupés mais inhabités et peut-être même inhabitables. La pratique picturale qu’il développe fait en effet apparaître des images de lieux a priori familiers en ce qu’ils sont agencés par emprunt à des sources et motifs de l’histoire de la peinture classique autant qu’à des modes et modalités d’organisation de la domesticité observées dans notre temps. Tandis que l’exécution des peintures résulte souvent d’un traitement de l’image, jamais issue de nulle part, par le prisme tantôt d’une source photographique ou documentaire, historique ou récente qui installe le sujet par réminiscences, tantôt d’une composition assistée par ordinateur, l’esthétique qui affleure de ces espaces peints est empreinte d’une virtualité propre aux filtres numériques qui régissent en partie nos représentations contemporaines. C’est sans doute en cela que les peintures de Johan Larnouhet imposent une impression ambivalente s’agissant de la nature des espaces représentés : elles installent bien souvent face au regardeur le lieu-limite d’un seuil vers un lieu autre, celui d’une cellule sommaire qui peut évoquer une chambre ou un salon, somme toute l’espace indéterminé d’une habitation esquissée, composé de façon hétérogène, aussi éclectique que métaphorique, tant par les sujets représentés que par les choix d’exécution qui cherchent moins l’illusion qu’à rappeler la présence du geste de peindre. En cela, les peintures de Johan Larnouhet possèdent la qualité hétérotopique du temps présent, c’est-à-dire celle d’un sentiment de co-existence des temps et des espaces, de superpositions des lieux des expériences, des modalités de représentations et des projections mentales. Cette qualité est sans doute celle de l’expression d’une perception mélancolique, celle de la courbe du temps qui se dépose dans les modes de vie et dans les images, qui advient à l’endroit de la contingence incompressible des rapports épidermiques, conflictuels et chargés d’affects que nous entretenons avec les espaces vécus, passés, présents et désirés. C’est par cette condition que s’élaborent dans la peinture de Johan Larnouhet autant d’actes de situations que de configurations et de dislocations, celles de lieux qui sont faits en même temps qu’ils se superposent pour donner corps à des formes de vie qui ne cessent de se défaire dans la mémoire et de se faire et de se refaire dans l’espace désirable d’un monde à habiter.

Mickaël Roy