ICONOSCOPE

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Benoît Pype – L’effet papillon

du 19 mai au 10 juillet 2021

L‘aléatoire contrôlé de Benoît Pype construit une esthétique de la décélération.(extraits)
Marc Pottier, art curator basé à Rio de Janeiro

Faisant appel à un ‘aléatoire contrôlé ‘ à la limite de nos perceptions et de l’invisible, les œuvres de Benoît Pype invitent à concentrer notre attention. Sa thèse de doctorant à l’Université Paris Sciences et Lettres sur ‘La perception lente : pour une esthétique de la décélération’ et l’exposition L’effet papillon à la galerie Iconoscope à Montpellier en avril prochain, permettront de mieux cerner la profondeur visionnaire de cet artiste humaniste.

Critique de la dissémination de l’attention
Son œuvre sculpturale investit des formes invisibles et anodines du quotidien et les manifestions quasi-imperceptibles des changements éphémères et fragiles de leur matière, telles que l’eau, la poussière ou les brins d’herbe. La quête de Benoit Pype sur ce que certains pourraient qualifier de « dérisoire » n’est pas celle de l’infiniment petit, mais bien une critique à la fois poétique, scientifique et politique ; c’est aussi l’expression raisonnée d’ « un certain diagnostic actuel qui identifie une crise de l’expérience esthétique, consécutive à une dissémination de l’attention ».

La coalescence, ou la vision singulière de la recherche-création
Cherchant à faire converger science et philosophie, son ambition de ‘coalescence’ est développée à dessein pour se charger de motifs (au deux sens du termes) poétiques :
« En science physique, explique le doctorant au sein du programme “Sciences, Arts, Création, Recherche” de l’Université Paris Sciences et Lettres , la coalescence est ce phénomène par lequel deux substances identiques, mais dispersées, ont tendance à se réunir. Si l’art et la science ne sont pas identiques, je désigne par extension métaphorique les rencontres et convergences possibles entre un artiste et des scientifiques au sein d’un laboratoire de ‘microfluidique’.
Ce contexte de recherche est en effet le lieu d’une mise en commun des outils, dont je détourne les usages, mais aussi de collaborations, d’un partage d’idées propre à la vie du laboratoire. Il est important de souligner que ce principe de coalescence, bien qu’il insiste sur la rencontre et la mise en commun, n’efface pas pour autant les différences, les distinctions entre l’art et la science. Il s’agit avant tout d’un point de vue, d’une vision singulière de la recherche-création. » …

… Pour une esthétique de la décélération
Devant l’hyper accélération de notre rythme de vie, de l’histoire, de la culture, de la société, voire du temps lui-même, faut-il se (re)connecter au monde en débranchant ce qui nous en éloigne ? Dans une société où les sens et la pensée sont sur-sollicités, la modernité tend à vouloir tout contrôler, y compris ce dont on ne peut disposer, créant un sentiment d’univers inaccessible. Rompre cette « famine temporelle » constitue la dynamique de sa thèse de doctorant intitulée « La perception lente : pour une esthétique de la décélération ».
Dans un contexte de profonds bouleversements écologiques, l’impérieuse nécessité de construire un rapport nouveau à notre environnement doit s’appuyer sur une ‘écologie de l’attention’.  « Je pars de la théorie de l’accélération sociale du philosophe allemand Hartmut Rosa (1965-). Les travaux du théoricien suisse Yves Citton (1962-) m’ont aussi marqué. Ils orientent ma réflexion actuelle quant à l’émergence des écologies de l’attention. D’autres auteurs alimentent ma recherche, notamment au romancier et critique d’art Gilbert Lascault (1934-) et son esthétique dispersée, ou encore Thimothy Morton (1968-) et ses hyper objets…C’est un peu disparate, mais je préfère voir ces influences comme un réseau d’idées, une nébuleuse, plutôt qu’une droite ligne du mentor au disciple » commente-t-il. …

… Un jeu d’images ralenties pour notre hyper-attention
Mais lucide, Benoit sait bien que notre modernité est gourmande de vitesse. Et n’hésite pas à y répondre. Dans sa série vidéo des “Ballets furtifs“ il met en scène des fluides en mouvement, des formes éclatées dynamiques et simultanées, propices à activer notre « hyper-attention ».  L’origine de ce projet s’appuie sur une hypothèse scientifique qui énonce que la vie soit apparue il y a quatre milliards d’années dans une goutte d’eau. L’’exploration d’une simple goutte pourrait ainsi peut-être nous révéler les signes de l’histoire des formes et de l’humanité. A travers l’usage d’une caméra rapide, le travail permet de dévoiler des formes dont les contours résonnent avec l’histoire de l’art.
Sa série de vidéos “L’Effet papillon“ dévoile les formes de l’eau engendrées par une impulsion filmée à très haute vitesse (10000 images par seconde) en laboratoire. Invisible à l’œil nu, l’évènement dure 30 millisecondes et laisse apparaître de mystérieuses figures. « Tout l’enjeu ici est de prendre la mesure de notre capacité à moduler notre attention, à osciller d’un régime à l’autre, à l’heure où celle-ci est largement instrumentalisée au sein d’une économie de l’attention très bien analysée par Yves Citton, ou le philosophe français Bernard Stiegler (1952-2020) » donne-t-il comme exemple. …

… Quels sont les songes provoqués par la décélération et les observations des phénomènes presque imperceptibles proposés par Benoit Pype ?
A vous d’expérimenter, prenez le temps !

Benoit Pype est né à Rouen en 1985. Il vit et travaille à Paris. Diplômé de l’école Supérieure des Beaux Arts de Montpellier et de l’école Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris, il est actuellement doctorant au sein du programme “Sciences, Arts, Création, Recherche” de l’Université Paris Sciences et Lettres, coodirigé par l’EnsAD et école Supérieure de Physique Chimie Industrielle de Paris.

Expositions récentes :

2020 Chambre d’embarquement / Galerie HUS avec Laurent Derobert
Les Ballets Furtifs / La Scala / Paris
Le Cabaret du Néant / Frac île-de-france, le château / Parc culturel de Rentilly
De(s)rives#3 / Galerie Aline Vidal / Paris- Archimède / Port de l’Arsenal, La Bastille / Paris

L’article de Marc Pottier dans son intégralité ici